Blog

Micro-entreprise, SASU ou EURL : quel statut choisir quand on est freelance ?

-
Raphaël

Micro-entreprise, SASU ou EURL : quel statut choisir pour se lancer en freelance ? Comparatif complet des charges, du régime fiscal, et des cas où chaque statut a du sens.

CA annuel facturé (HT) 60 000 €

Chiffre d'affaires HT avant toute déduction

Charges pro fixes / mois 400 €

Logiciels, RC Pro, espace de travail (hors expert-comptable)

Revenu net
Cotisations
Impôt estimé
Charges fixes + compta

Simulation indicative — personne seule, barème IR 2024. SASU en mode salaire uniquement (les dividendes peuvent améliorer la situation). Consultez un expert-comptable avant toute décision.

C’est souvent la première vraie question quand on décide de se lancer : quelle structure choisir ? La micro-entreprise, parce que c’est simple ? La SASU parce que quelqu’un en a parlé dans une vidéo YouTube ? L’EURL pour d’autres raisons pas forcément claires ?

Je vais éviter de vous donner une réponse universelle, parce qu’il n’en existe pas. Mais je vais vous donner les éléments concrets pour choisir le bon statut selon votre situation.

Précision importante : cet article pose les bases. Avant toute décision, consultez un expert-comptable. Le coût d’une heure de conseil est sans commune mesure avec le coût d’une erreur de structure.

#1 Micro-entreprise : simple, mais limitée

Ce que c’est

La micro-entreprise (anciennement auto-entreprise) est le statut le plus simple pour se lancer en freelance. Pas de société à créer, pas de capital à déposer, pas de statuts à rédiger. Vous vous inscrivez en ligne en 10 minutes sur guichet-entreprises.fr et vous pouvez commencer à facturer.

Le régime fiscal est le versement libératoire ou le régime normal : vous payez des cot isations sociales et de l’impôt sur un forfait appliqué à votre chiffre d’affaires. En prestation de services, les cotisations représentent environ 22% du CA.

Ce qui plait dans la micro-entreprise

La simplicité comptable est réelle. Pas de bilan annuel, pas d’expert-comptable obligatoire, pas de dépôt de comptes. Vous déclarez votre CA mensuellement ou trimestriellement, et vous payez proportionnellement. Si vous ne facturez rien, vous ne payez rien.

C’est aussi le statut le plus adapté pour tester. Vous ne savez pas encore si vous allez trouver des clients ? Si votre activité va décoller ? La micro-entreprise vous laisse expérimenter sans risque financier majeur.

Les limites à connaître

Le plafond de CA est la première limite : 77 700 euros en 2026 pour les prestations de services. Si vous dépassez ce seuil deux années de suite, vous en sortez automatiquement.

La déductibilité des charges est nulle. Vous cotisez sur votre CA brut, pas sur votre bénéfice. Si vous avez beaucoup de frais professionnels (logiciels, déplacements, matériel), vous payez des cotisations sur un montant qui ne réflète pas votre revenu réel. Au-delà d’un certain niveau de charges, d’autres statuts deviennent plus avantageux.

La protection sociale est aussi moins complète. Les droits à la retraite accumulés en micro-entreprise sont proportionnels aux revenus déclarés, et généralement inférieurs à ceux d’un salarié au même niveau de rémunération.

#2 SASU : flexibilité et optimisation, mais complexité

Ce que c’est

La SASU est une Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle. C’est une vraie société, avec un capital social (libre, peut être d’un euro symbolique), des statuts à rédiger, et une comptabilité rigoureuse. Le président d’une SASU est assimilé salarié : il paye des cotisations sur son salaire comme un employé, avec accès à la sécurité sociale, aux congés maladie, et à une meilleure protection sociale.

Les avantages de la SASU

L’optimisation fiscale est le principal argument. En SASU, vous pouvez choisir de vous verser un salaire modéré et de compléter par des dividendes. Les dividendes sont soumis à la flat tax de 30%, ce qui peut être avantageux si votre taux marginal d’imposition est élevé.

Les charges professionnelles sont déductibles. Logiciels, matériel, frais de déplacement, formation : tout ça réduit le bénéfice imposable de la société. Sur un niveau de charges professionnel élevé, c’est un avantage significatif.

La crédibilité commerciale est également un facteur. Certains grands comptes et DSI préfèrent travailler avec une société plutôt qu’un micro-entrepreneur. Ce n’est pas une règle universelle, mais ça existe.

Les contraintes de la SASU

La gestion est beaucoup plus lourde. Un expert-comptable est techniquement obligatoire en pratique. Comptez 1 200 à 3 000 euros par an selon le niveau de prestation. S’ajoutent les formalités de création (quelques centaines d’euros), le dépôt des comptes annuels, et la tenue d’un livre de paie si vous vous versez un salaire.

Si le président ne se verse pas de salaire (pour garder de la trésorerie), il n’a pas de protection sociale. C’est une situation que certains acceptent au démarrage, mais qui n’est pas sans risque.

#3 EURL : entre les deux, avec ses spécificités

Ce que c’est

L’EURL est l’Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée. C’est la version à associé unique de la SARL. Le gérant d’une EURL est Travailleur Non Salarié (TNS). Ce statut social change tout : les cotisations sont calculées différemment de celles d’un assimilé salarié, généralement moins élevées en pourcentage, mais avec une protection sociale inférieure.

Les avantages de l’EURL

Les charges sociales sont plus basses qu’en SASU pour un même niveau de rémunération. Un gérant TNS paie environ 45% de cotisations sociales sur sa rémunération. Un président de SASU assimilé salarié paie environ 80% (parts salariale et patronale combinées). L’écart est significatif.

Les charges professionnelles sont déductibles, comme en SASU. Et la comptabilité est légèrement moins complexe qu’une SASU, même si un expert-comptable reste nécessaire.

Les inconvénients de l’EURL

La protection sociale TNS est moins complète que celle d’un assimilé salarié. Les indemnités journ alières en cas de maladie sont moins favorables, et les droits à la retraite aussi. Cela peut se compenser par une assurance prévoyance privée (loi Madelin), mais c’est un coût supplémentaire à intégrer.

Le cadre juridique SARL est plus rigide que celui de la SAS. Si vous envisagez d’ouvrir le capital à des associés plus tard, la SASU est plus souple à transformer en SAS.

#4 Tableau comparatif

Critère Micro-entreprise SASU EURL
Simplicité de création Très simple Modérée Modérée
Comptabilité Simplifiée Complète Complète
Expert-comptable Optionnel Quasi obligatoire Quasi obligatoire
Charges sur revenus ~22% sur CA ~80% sur salaire ~45% sur rémunération
Charges déductibles Non Oui Oui
Plafond CA 77 700 € (services) Aucun Aucun
Protection sociale Basique Salariée (bonne) TNS (correcte)
Crédibilité commerciale Correcte Forte Forte
Optimisation fiscale Limitée Bonne (dividendes) Bonne (TNS)

#5 Comment choisir selon votre situation

Choisissez la micro-entreprise si...

Vous démarrez et ne savez pas encore si votre activité va décoller. Ou si vous exercez en freelance en parallèle d’un emploi salarié. Ou si votre CA prévisionnel reste sous 50 000 euros et que vos charges professionnelles sont faibles.

C’est aussi le bon statut si vous valorisez la simplicité administrative avant tout. Pas de comptabilité lourde, pas de fréquentation mensuelle d’un expert-comptable, pas de déclaration de TVA en dessous des seuils.

Choisissez la SASU si...

Votre CA dépasse ou va dépasser 80 000 euros. Ou si vous avez des charges professionnelles significatives que vous voulez déduire. Ou si vous ciblez des grands comptes qui préfèrent travailler avec une société. Ou si vous envisagez de lever des fonds ou d’ouvrir le capital un jour.

La SASU est aussi adaptée si vous voulez optimiser la combinaison salaire + dividendes et que votre taux marginal d’imposition est élevé.

Choisissez l’EURL si...

Vous avez les mêmes motivations qu’une SASU mais vous privilégiez des charges sociales plus basses sur la rémunération directe. Et si la protection sociale TNS vous convient, complétée par une prévoyance privée.

Certains profils préfèrent l’EURL précisément parce qu’ils veulent garder plus de trésorerie dans la société et se verser une rémunération modérée. C’est une stratégie cohérente dans certains cas.

La question de la TVA

Quel que soit le statut, si votre CA dépasse les seuils de franchise (36 800 euros en 2026 pour les prestations), vous êtes soumis à la TVA. En SASU et EURL, vous pouvez opter pour la TVA dès le départ, ce qui vous permet de récupérer la TVA sur vos achats professionnels.

En micro-entreprise sous les seuils, vous êtes en franchise de TVA : vous ne la collectez pas et vous ne la récupérez pas. C’est un avantage de simplicité, mais un inconvénient si vous avez beaucoup d’achats HT.

Mon verdict

La micro-entreprise est le meilleur statut pour démarrer dans 80% des cas. Elle réduit le risque, simplifie la gestion, et vous laisse vous concentrer sur votre activité plutôt que sur l’administratif.

La SASU ou l’EURL ont du sens une fois que votre activité est établie, que votre CA dépasse 60 à 80 000 euros, et que vous voulez optimiser la structure. Ce n’est pas une décision que vous devez prendre au démarrage, sauf si vous êtes déjà certain de ces niveaux.

Et encore une fois : discutez-en avec un expert-comptable. Un bon conseil au bon moment évite des erreurs qui coûtent cher à corriger.

Du salariat au Freelancing : un chemin balisé
Un parcours balisé de 3 à 4 mois qui vous mène du lancement de votre activité freelance à la sérénité financière
👉 Être accompagné
Découvre d'autres articles