La question m’a été posée des dizaines de fois. Par des gens qui se lancent et ne savent pas quoi mettre dans leur proposition. Par des freelances en poste qui se demandent s’ils sont dans la norme. Et par des clients qui veulent comprendre pourquoi deux devis peuvent écarter de 40%.
Réponse courte : les TJM varient énormément selon le métier, le niveau, la région et la structure client. Mais il existe des fourchettes utiles. Les voici.
Le TJM, c’est le Taux Journalier Moyen. C’est le prix d’une journée de travail facturée à un client. Pas votre salaire journalier. Pas ce que vous ramenez chez vous. Le montant facturé avant charges, avant cot isations, avant les jours non facturés.
Cette distinction est importante. Un freelance qui facture 600 euros par jour ne gagne pas 600 euros par jour. Sur une année, en comptant les conges, les jours de prospection, les formations, les périodes creuses, le taux d’occupation réel tourne souvent entre 150 et 200 jours. Pas 220.
Et les charges, en micro-entreprise, représentent 22% du chiffre d’affaires pour les services. En société (SASU, EURL), c’est plus complexe mais souvent plus élevé en valeur absolue.
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C’est le premier facteur. Un spécialiste cybersecurité ou un expert en DevOps cloud n’ont pas le même marché qu’un community manager. La demande est forte et les profils sont rares. Mécaniquement, les TJM sont plus élevés.
La même logique s’applique aux niches dans un métier. Un développeur généraliste est moins bien rémunéré qu’un spécialiste React Native ou qu’un expert sur un outil spécifique (Salesforce, HubSpot, Zendesk). La niche protège et valorise.
Un grand groupe paie plus qu’une startup de 10 personnes. Pas parce que le travail est différent. Parce que les procédures sont plus lourdes, la responsabilité plus grande, et les budgets le permettent. Un même mission sur laquelle un freelance facturerait 550 euros chez une PME peut justifier 750 euros chez un grand compte.
Paris concentre les TJM les plus élevés. Un écart de 15 à 25% avec les grandes métropoles de province (Lyon, Bordeaux, Nantes) est courant. Le travail en remote a atténué cet écart depuis 2020, mais il persiste pour les missions nécessitant une présence physique.
Les missions trouvées via une ESN (anciennement SSII) ou une plateforme type Malt sont souvent tarifees différemment de celles issues de votre réseau direct. Sur une mission en direct, vous n’avez pas d’intermédiaire qui prélève une marge. Vous pouvez répercuter ça dans votre TJM ou dans votre marge.
La méthode la plus simple : partir de ce dont vous avez besoin, pas de ce que fait le marché.
Posez-vous ces quatre questions :
Quel revenu net mensuel voulez-vous ? Soyez précis. Pas une vague envie, un chiffre. 3 500 euros ? 5 000 euros ? 7 000 euros ?
Combien de jours facturables envisagez-vous par an ? En moyenne, un freelance actif facture entre 150 et 200 jours. Pas 220. Il faut tenir compte des conges, des jours de prospection et de gestion, des périodes inter-missions.
Quel est votre taux de charges ? En micro-entreprise (services), 22% du CA. En société, c’est variable mais tournez autour de 45-55% du CA brut si vous vous versez un salaire.
Quelles sont vos charges fixes ? Logiciel s, assurance RC Pro, expert-comptable, espace de travail. Tout ça sort du CA avant que vous ne touchiez quoi que ce soit.
Exemple concret. Vous voulez 4 500 euros nets par mois en micro-entreprise. Vous prévoyez 170 jours facturables. Vos charges fixes représentent 500 euros par mois.
Calcul rapide : (4 500 + 500) x 12 = 60 000 euros de rémunération nette minimale. Avec 22% de cotisations, votre CA doit atteindre environ 77 000 euros. Divisé par 170 jours, ça donne environ 453 euros de TJM. C’est votre plancher. Pas votre cible.
La tentation de baisser son TJM pour décrocher une mission est réelle, surtout au début. C’est rarement une bonne idée.
Premier problème : vous créez une ancre tarifaire basse. Le client qui vous a embauche à 300 euros ne voudra pas vous payer 500 euros six mois plus tard, même si votre profil a évolue. Renegocier à la hausse est beaucoup plus difficile que de se positionner correctement dès le départ.
Deuxième problème : un TJM trop bas envoie un signal négatif. Dans certains secteurs, un devis à 250 euros la journée sur une mission Salesforce va rendre le client méfiant, pas attiré. La valeur se signale aussi par le prix.
Troisième problème : vous allez vous retrouver à travailler plus pour gagner moins, avec peu de temps pour prospecter ou vous former. C’est le piège classique du freelance debut ant qui accepte trop, trop vite, à trop peu.
Le baromètre Malt 2025 (le plus récent disponible) confirme les tendances : le TJM médian en France toutes catégories confondues se situe autour de 470-480 euros. Les développeurs et experts data tirent la médiane vers le haut. Les métiers créatifs et communication ont des médianes plus basses.
Une information utile : environ 20% des freelances sur Malt facturent plus de 700 euros par jour. Ce n’est pas réservé aux profils avec 15 ans d’expérience. Des spécialistes confirmés avec 4-5 ans sur une techno rare y arrivent.
Le TJM n’est pas une donnée fixée une fois pour toutes. C’est quelque chose que vous réévaluez régulièrement : quand votre expérience augmente, quand votre niche se renforce, quand la demande évolue.
La règle simple : calculez votre plancher, regardez le marché pour situer votre positionnement, et testez. Si chaque client accepte votre TJM sans négocier, c’est probablement que vous êtes trop bas.
